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Pourquoi le chat joue-t-il parfois avec sa proie avant de la tuer ?

Quel est le maître à qui il n’est jamais arrivé de découvrir avec horreur son chat s’acharnant apparemment à torturer une petite souris ou un malheureux oiseau ? Au lieu d’infliger à sa victime la morsure fatale, ce dont il est tout à fait capable, le chasseur se livre à un jeu cruel, consistant à chasser et frapper ou à piéger et relâcher, un petit jeu où la victime pétrifiée risque de mourir de peur avant même de recevoir l’ultime coup de grâce.

Pourquoi le chat procède-t-il ainsi, alors qu’il est une machine à tuer parfaitement au point ?
Il faut savoir, tout d’abord, que cela ne fait pas partie du comportement des chats sauvages. C’est le geste d’un animal d’intérieur bien nourri, privé de ses activités de chasseur par le caractère « hygiénique » de l’environnement dans lequel il habite désormais : des faubourgs impeccables, des villages entretenus, où la présence des rongeurs a depuis longtemps été éliminée grâce au poison et aux divers services de dératisation des humains. Pour ce pauvre chat, attraper à l’occasion un petit mulot ou un oiseau, c’est un grand événement. Il ne supporte pas de mettre fin à la chasse, et la prolonge autant qu’il peut, jusqu’à la mort de la proie. La pulsion de la chasse est indépendante de celle de la faim, ce que les propriétaires de chats ne peuvent pas ignorer, eux qui ont vu leur bête, qui vient à peine de finir son repas en conserve, se mettre à la poursuite d’un oiseau. Tout comme la faim augmente faute de nourriture, la pulsion de la chasse augmente faute de proie. Le chat d’intérieur a une réaction exagérée, de sorte que la proie connaîtra une mort lente.

En fonction de cela, on ne s’attendrait pas à trouver des chats harets, qui mènent une vie rude, ou des chats de ferme, que l’on utilise comme « dératiseur professionnels », se permettre de jouer ainsi avec une proie à moitié trépassée. En fait, dans la plupart des cas, cette attitude est absente, mais certains chercheurs ont pu constater qu’on la trouvait, de temps à autre, chez des chattes de ferme. Il y a, dans leur cas, une explication particulière. En tant que femelles, elles doivent rapporter au nid des proies vivantes pour montrer à leurs petits, à un certain stade du développement de la portée, comment tuer. Ce processus de l’enseignement maternel explique l’empressement des femelles à louer avec leur proie, même si elles ne sont nullement privées de chasse.

Il existe une autre explication pour ce comportement apparemment cruel.
Lorsque le chat attaque un rat, les facultés de défense de sa proie l’inquiètent beaucoup. Un gros rat peut infliger une mauvaise morsure au chat ; il faut le maîtriser avant de tenter de le tuer d’un coup de dents. C’est pourquoi le chat lui assène un coup fulgurant, toutes griffes dehors. Il peut frapper le rat à toute vitesse, d’un côté et de l’autre, jusqu’à ce que celui-ci soit complètement étourdi. Alors, seulement, le chat se risquera à approcher sa face pour infliger la blessure mortelle. Il arrive quelquefois qu’une malheureuse souris ait droit aux mêmes égards qu’un gros rat, que le chat la frappe avec ses pattes au lieu de la mordre.

Appliqué à une souris, ce genre de traitement aboutit rapidement à une mis en pièces sauvage et disproportionnée, le minuscule rongeur étant jeté de part et d’autre. Un comportement félin de ce type peut apparaître comme un jeu avec la proie, mais il est différent du jeu qui consiste à attraper et relâcher la victime et ne doit pas être confondu avec lui. Quand il s’amuse à attraper et relâcher, le chat inhibe à chaque fois son désir de mordre. Quand il frappe et poursuit une souris, le chat réagit d’une manière exagérée au danger possible que représentent les dents de sa proie. Certes, l’on pourrait croire à un jeu cruel, mais c’est là en réalité le comportement d’un chat pas très sûr de lui.

Même lorsque sa victime est presque ou tout à fait morte, le chat, dans ce genre de situation, peut continuer à en frapper le cadavre, ne le quittant pas des yeux pour guetter tout geste de représailles. Ce n’est qu’après avoir prolongé ce traitement pendant un bon bout de temps que le chat va se hasarder à infliger la morsure et à dévorer sa proie. Un chasseur aguerri, qui exerce à plein temps ses talents, ne réagirait pas de cette façon. Mais le chat de compagnie choyé, un peu rouillé sur le plan technique quand il s’agit de tuer vite et bien, préférera cette solution, qui a l’avantage de présenter moins de risques.

Parce qu’il veut pouvoir tuer sa proie facilement et en toute sécurité
Le chat capture et immobilise sa proie avec ses griffes, puis la tue par une morsure à la nuque qui sectionne leur moelle épinière. Pour le faire, ils doit temporairement libérer sa proie de ses griffes et approcher son museau. Lorsque son museau est à moins d’une moustache de distance de la proie, le chat ne peut plus la voir, et il court un grand risque de blessure aux yeux, au nez, ou à la gueule. N’importe quelle proie saisira la moindre occasion de s’enfuir ou de défendre farouchement sa vie en mordant (rongeurs) ou en piquant (oiseaux).

Ce que les humains prennent pour un jeu est en fait un moyen instinctif pour le chat de fatiguer et de désorienter une proie : lui donner des coups de patte, la lancer en l’air, la rattraper, et recommencer… Mais si le chat est trop pressé et approche trop tôt son museau pour mordre, il risque d’être blessé.

Souvent, le jeu s’interrompt : le chat s’éloigne un peu et semble se désintéresser de sa proie. Il est en fait en train de vérifier qu’il peut délivrer la morsure fatale. En effet, il arrive qu’une proie fasse la morte, ou joue à l’animal épuisé : si la proie essaie de s’échapper, le chat sera suffisamment près pour la rattraper, et le jeu reprendra, jusqu’à ce qu’il soit sûr qu’il peut achever sa proie en toute sécurité.

Le chat, un animal prédateur dans la nature
Évidemment, la réponse est non : le chat ne joue pas avec ses proies par simple « plaisir » sadique. À l’origine, il s’agit d’un animal chasseur et contrairement aux idées reçues, le chat domestique ne perd pas cet instinct même s’il est bien nourri.

Dans la nature, si c’est la faim qui motive la chasse en premier lieu, ce n’est pas le cas pour nos matous domestiques qui ont simplement besoin de stimuler leur instinct naturel. La prédation constitue une activité normale et régulière pour le chat, et il est capable de la pratiquer une grande partie de la journée, même après les repas ! Le comportement de chasse au sens strict est donc à distinguer du comportement alimentaire où il consommerait sa proie.

Mais alors, ce « jeu » n’est d’aucune utilité ?
D’un point de vue technique, ce que nous prenons pour un jeu est en réalité un moyen de désorienter la proie et de la fatiguer tout en s’assurant qu’elle n’est pas dangereuse. Alors, même si le chat semble jouer avec sa proie par amusement, et même s’il n’est pas affamé, cette étape a un véritable rôle dans le mécanisme de chasse. En effet, le chat achève normalement sa proie en lui mordant la colonne vertébrale ; en jonglant avec elle, il l’étourdit et cherche à la fois le moment opportun pour lui infliger la morsure fatale.

Or, certains rongeurs comme les souris peuvent aussi se rebeller avec un coup de dents, et le chasseur pourrait y perdre un œil ! Enfin, en interrompant le jeu par moment et en faisant mine de se désintéresser de sa victime, le chat vérifie qu’elle est assez épuisée et qu’elle n’est pas en train de « faire la morte » : si elle essaie de s’échapper, le jeu reprendra de plus belle.

Le jeu dérivé du comportement de chasse
Après avoir capturé sa proie (petit rongeur, oiseau…) le chat va commencer à jouer avec elle, et la pauvre malheureuse va le stimuler davantage encore par ses mouvements et ses cris. Ce rituel étrange serait une manière de libérer le stress et la tension accumulés pendant la phase de prédation. De plus, il renvoie à ce que sa mère lui a appris lors de l’entraînement à la chasse, alors perçu par les chatons comme un jeu.

Ainsi, c’est avant tout une forte envie de jouer qui pousse le chat domestique à chasser, et il est incapable de comprendre qu’il fait là quelque chose de mal. De même, un chat qui ramène ses proies à la maison pense bien faire et il est inutile de le punir ou le rejeter, car il est également écrit dans son instinct de ramener la nourriture au « nid » comme il a vu sa mère le faire.

Pourquoi mon chat ramène-t-il ses proies ?
Quand le chat rapporte une proie à son maître, il pense lui apporter de la nourriture et imite ainsi le comportement de sa mère quand il était petit. Même un chat domestique qui n’a jamais été nourri de proies aura ce réflexe inscrit en lui, tout comme le réflexe de jeu qui est lié à la chasse, et cela ne peut pas être changé.

Aussi paradoxal que cela puisse paraître, il vous considère en quelque sorte comme son petit et vous offre des proies mortes pour vous nourrir, et des proies vivantes pour vous apprendre à chasser ! Inutile donc de crier ou de le vexer en lui retirant l’animal avec des réprimandes : de toute façon, cela ne l’empêchera pas de recommencer. Mieux vaut simuler la satisfaction et s’en débarrasser discrètement ensuite…

Imaginez votre réaction si vous aviez passé des heures à préparer un repas et que vos enfants vous disaient ouvertement que c’est répugnant ! Si la proie est encore vivante, vous pouvez la replacer calmement dehors pour montrer au chat que le territoire de chasse s’arrête aux portes de la maison, et espérer qu’elle parvienne à s’échapper…

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